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Un vrai Père. Histoire d'un secret de famille. La vieille dame n'en pouvait plus. Chargée comme une mule, elle remontait la ruelle qui mène à la partie haute du bourg où elle habitait seule depuis la mort de son mari. Chaque année, c'était une tradition, sa sœur Simone venait passer quelques jours avec elle à l'occasion de Noël. Elles s'offraient un repas de fête auquel elles conviaient des voisins esseulés, puis on allait à la messe de minuit. La tradition de Noël. – N'ai-je rien oublié ? se demandait la brave femme en reprenant son souffle. Le fils d'un voisin qui l'avait rattrapée lui offrit de la décharger. Ce n'était pas de refus. Mais le plus lourd n'était pas ce qu'Adèle rapportait du marché. En passant sur le pont, un terrible souvenir avait refait surface. Une nuit de Noël, un gosse de l'âge de celui qui venait de la décharger s'était jeté dans la rivière en crue. Pourquoi ce souvenir atroce remontait-il à la mémoire avec une telle violence ? Depuis son réveil, une espèce de vague à l'âme avait terni la joie qu'elle avait toujours à préparer la fête. Crainte qu'elle ne se passe pas comme d'habitude? Peut-être, mais il devait y avoir autre chose et c'est cette autre chose qui l'écrasait depuis qu'elle avait passé le pont. Le bruit avait couru que le jeune homme s'était suicidé parce qu'il avait appris que son père n'était pas son père. Ce que la vieille dame ignorait à l'époque, c'est que son propre père, n'était pas non plus son père ! C'est en triant les affaires de sa mère qu'elle avait découvert ce secret de famille ; elle était tombée un peu par hasard sur une pile de lettres nouées par un ruban, qu'elle avait d'abord prises pour les premières lettres d'amour de son père. Un examen plus attentif lui révéla qu'elles avaient été écrites par un certain Dorwald. Adèle avait entendu parler autrefois d'un domestique de ce nom que ses grands-parents avaient recueilli, qui avait passé sa jeunesse dans leur ferme, puis avait disparu. Comme les billets n'étaient pas datés et que l'écriture était un peu enfantine, elle avait conclu à un amour platonique; d'ailleurs la teneur des billets ne suggérait rien d'autre. Mais le père d'Adèle était blond aux yeux bleus, elle, brune aux yeux marron. Or le fameux Dorwald était brun lui aussi. Elle ne savait plus comment elle le savait, mais elle le savait. Arrivée chez elle, elle releva la boîte aux lettres et y trouva un tract dont
la première page représentait la crèche de Noël et qui racontait comment Jésus
était né d'une jeune fille vierge et comment celle-ci avait failli être
abandonnée par Joseph son fiancé quand il avait appris qu'elle était enceinte.
Puis le texte disait, « Jésus, le Fils de Dieu, s'est fait notre frère pour que
nous aussi nous puissions être fils de Dieu, car, Lui et Lui seul, est un vrai
Père ». Noël, légende ou fait réel ? Adèle se fit un café. Tout en le sirotant elle relut le feuillet qui devait avoir été déposé dans toutes les boîtes aux lettres. Elle décida de le faire lire à sa sœur. Voilà qui pourrait l'encourager à dire ce qu'elle savait. Et, tout en se parlant à elle-même à voix haute, elle prépara la chambre de Simone. – Si je comprends bien cette histoire de Noël a commencé comme un secret de famille ! – Donc Dieu serait notre vrai Père ? Eh c'est bien ce qu'on récite à l'église : « Notre Père qui est au cieux..» – Mais les cieux, c'est bigrement loin ! – Pourtant si on peut le prier, ce Père, c'est qu'il n'est pas si loin que ça... – J'ai toujours pensé que ces histoires de bon Dieu, ou bien c'est de la légende pour ceux qui croient au père Noël ou bien, c'est du vrai de vrai. – Il faut absolument que je sache si c'est du vrai. Mais comment faire ? Adèle partit chercher sa sœur. La neige qui s'était mise à tomber avait légèrement retardé son car. La chaussée devenue glissante, les deux sœurs furent soulagées de pénétrer dans la maisonnette où une théière gardée au chaud sous un cosy les attendait. Profitant qu'Adèle allait chercher un pot d'eau chaude à la cuisine, Simone jeta un coup d'œil au feuillet bien en vue sur la table. Les invités arrivèrent un peu en avance. Pour aucun motif ils n'auraient manqué cette invitation. Le repas fut simple mais chaleureux, et après le dessert apporté par une invitée, on joua aux carte jusqu'à l'heure de la messe. Croire en Jésus ou au père Noël ? Comme à l'accoutumée, il y avait foule. Des enfants de chœur allaient et venaient, si bien que le curé avait beaucoup de mal à attirer, puis à garder l'attention des fidèles. Au moment de l'homélie, il monta en chaire et regarda l'assemblée jusqu'à ce que le silence, enfin, s'établisse. – Mes enfants, commenta-t-il, je dois d'abord vous dire que depuis une
semaine je cherche ce que je pourrais bien vous dire ce soir et, jusqu'à midi,
rien ! Pas d'inspiration. J'allais fouiller dans mes anciennes homélies lorsque
je pensai à aller relever ma boîte aux lettres où j'ai trouvé un tract que vous
avez dû recevoir vous aussi. Le texte de l'évangile qui y figure en gros
caractères m'a frappé : « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés d'un lourd
fardeau et je vous donnerai le repos » (Matthieu 11.28). Qui n'a pas un fardeau
sur le cœur, des soucis, des mauvais souvenirs, la blessure d'une relation
brisée ou une solitude effrayante ? La fête de Noël ne doit pas être un moment
de distraction et d'oubli, mais un moment de vérité pour accueillir le Seigneur
qui est venu nous décharger. En se faisant notre frère, Jésus a fait de Dieu
notre Père. Encore faut-il croire en lui et je vous assure que c'est tout autre
chose que de croire au père Noël ! Adèle n'entendit pas la suite. Rentrées en enfonçant dans la neige jusqu'aux genoux, les deux sœurs se versèrent une tasse de thé et Simone brisa le silence. – Quand j'ai vu ce feuillet sur la table, j'ai tout de suite compris que tu l'avais mis là pour que je sache que tu savais... – Et moi, maintenant, je sais un autre secret dont je peux être drôlement
fière ! Dieu, oui le Dieu Créateur, est mon vrai Père ! Remarque que si tu en
sais plus sur ce Dorwald, maintenant que je me sens légère et en paix, je ne
serai pas fâchée de l'apprendre ! Les deux sœurs parlèrent à cœur ouvert jusqu'au petit matin, puis Simone
proposa : Charles-Daniel MAIRE Cependant, certains l'ont reçu (Jésus) et ont cru en lui ; il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu par une naissance naturelle, par une volonté humaine ; c'est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie. Jean chapitre 1, verset 12-13.
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