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Traités vivre 2005    



Noël aujourd'hui

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          Quel sens donnerez-vous à la fête de Noël cette année ?

Si, au lieu du lundi de Pentecôte, nos autorités décidaient, par mesure de solidarité, que le jour de Noël ne serait plus un jour férié... quel tollé cela ferait ! Cette fête légale permet le rassemblement des familles ou des amis (encore faut-il en avoir !) pour des réjouissances, des échanges de cadeaux, ou pour des vacances. Bien ancrée dans nos mentalités, elle a cependant beaucoup évolué depuis son apparition : célébrée il y a encore quelques décennies, la naissance de Jésus tombe de plus en plus dans l'oubli. Que faire d'une histoire, sans doute belle, mais qui ne semble refléter que la béatitude de ceux qui y croient encore ?

Quel destin !

Les innombrables statues et tableaux de la "Vierge à l'enfant", confèrent à la jeune fille un caractère paisible et serein, doux reflet d'une maternité forcément heureuse. Mais, est-ce seulement cela l'histoire de Noël ?

Les paroles que Marie prononce lorsque l'ange vient lui annoncer la naissance de Jésus, peuvent surprendre. En dépit de leur beauté (l'hymne qu'elle a prononcé à cette occasion reste dans notre patrimoine culturel sous le nom de "Magnificat" - premier mot du cantique dans sa traduction latine), elles présentent un caractère résolument révolutionnaire : Marie se réjouit de l'action divine, qui, par l'enfant qu'elle attend, mettra en déroute les orgueilleux, renversera des rois, pour donner une place élevée aux humbles, accorder des biens en abondance à ceux qui ont faim, renvoyer les riches les mains vides... Elle attend ces bouleversements avec tant de certitude qu'elle en parle au passé, comme s'ils étaient déjà arrivés. (Evangile de Luc, chapitre 1, versets 51-52).

Dès le début, le destin de Jésus prend un tour hors du commun. Certains de ses contemporains ne s'y sont pas trompés : l'histoire retient le cas de ces mystérieux mages venus d'Orient, pour saluer la naissance d'un inconnu... elle retient aussi la cruauté sans bornes d'Hérode ce grand criminel paranoïaque, qui n'hésite pas à faire assassiner tous les bébés de la contrée. Même enfant, il impressionne déjà... Un grand destin !

Quel homme ?

Les moyens employés par le roi Hérode, et cela nous surprend, sont démesurés, en regard de la faiblesse de l'enfant qui vient de naître. Jésus naît dans une famille modeste qui n'a sans doute pas assez d'argent pour trouver un arrangement avec les hôteliers de Bethléhem (pour le recensement imposé par l'Empire romain, Marie et Joseph devaient revenir dans leur ville d'origine). Alors qu'en sera-t-il de ses chances de réussir ? De quoi    sera t'il capable une fois devenu adulte ? De quel pouvoir, ou de quelles relations usera t'il pour se confronter aux puissants ? A part quelques uns, tous pensent que le destin de cet homme insignifiant né d'une famille modeste, sans appui, ne sera pas très brillant.

Les évangiles (récits de la vie du Christ) racontent néanmoins le succès de l'entreprise : ils affirment que Jésus-Christ a accompli jusqu'au bout son oeuvre sur terre...  A-t-il renversé les puissants ?  A-t-il rétabli la justice ? Certes pas encore, mais l'oeuvre commencée est indestructible. On a voulu le faire mourir, il dérangeait trop ; mais sa mort-même est sa victoire : elle est le moyen pour les humains de se réconcilier avec Dieu. L'offense qu'ils ont faite à Dieu en le rejetant, en l'ignorant, c'est Jésus-Christ qui en a subi la peine, en mourant sur une croix ; tel est le fondement de la foi chrétienne, professée depuis vingt siècles.

Depuis vingt siècles en effet, des générations de chrétiens témoignent de la libération que l'oeuvre du Christ leur a apportée : le pardon de Dieu et une vie réconciliée avec lui, une libération à l'égard d'eux-mêmes, une libération de leurs fardeaux de culpabilité... en attendant un rétablissement total de la justice et de la paix, une libération à l'égard de toutes les oppressions.

Alors quel Noël ?

On peut être surpris qu'il faille encore attendre... mais du temps des évangiles, certains avaient déjà du mal à accepter que Dieu puisse réaliser son dessein progressivement, en commençant par la venue d'un enfant. C'est ce qu'il a choisi de faire ; et ce choix a des avantages certains : Noël, c'est le rappel que Dieu a pris une forme humaine, avec ses limites. A quoi bon cette incarnation ? Sans doute pour connaître réellement les faiblesses de notre nature humaine, et du coup, pour mieux y compatir.

Noël, c'est la venue du Royaume de Dieu à travers un petit enfant. La faiblesse des moyens choisis pourra étonner ; mais tous les humbles et les petits seront rassurés : le règne de Dieu ne concerne pas que les grands ou les forts.

Noël, c'est la venue du Dieu de l'univers, qui n'a cependant pas choisi de s'imposer par un apparat éblouissant, une propagande omniprésente, ou une armée impériale. On retrouve ce témoignage dans toute l'histoire de Jésus : il ne s'impose pas ; il se propose. Il ne veut pas être adoré par la contrainte, mais par une libre décision.

Ni surhomme (pour forcer notre admiration), ni lutin (pour que nous le mettions à notre service), il s'est approché de nous comme pour solliciter notre amitié. Aujourd'hui encore, l'histoire de Noël reste pertinente : elle nous montre un Dieu qui nous respecte et qui nous aime, qui prend le risque de ne pas être écouté, de ne pas être reçu : Celui qui était Dieu de toute éternité, qui s'est fait homme... est venu parmi les siens... tous les siens ne l'ont pas reçu, mais à ceux qui le reçoivent, il a été donné de devenir enfants de Dieu (d'après l'Evangile de Jean, chapitre 1).
           Quel sens donnerez-vous à la fête de Noël cette année ?

Marc Pons

 « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.»
Evangile de Jean, chapitre. 1, versets 14.

Traité : Vivre - Format 15x21 - Code 05/24
 

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