TRAITES VIVRE

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Traités vivre 2005    



La souffrance
 

 

Pourquoi ?

Il faut une certaine audace pour prétendre apporter une réponse à cette question que l'homme se pose depuis toujours. Une réponse qui apaise et rassure le cœur et l'intelligence, une réponse qui panse les plaies et ouvre un avenir à ceux qui sont blessés par la vie. Parler de la souffrance, c'est courir le risque de parler d'une étrangère.

Ceux qui l'ont expérimentée savent bien que l'on ne peut pas la décrire avec des mots. Elle nous échappe dès lors qu'elle nous tient !
        Qui disserterait sur la souffrance au moment même où des douleurs insoutenables le tenaillent ?
        Le Christ lui-même en a été réduit à crier sur la croix "Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné (1) ?"

Quand on souffre, on crie ou on se tait.

Ne dit-on pas que les plus grandes douleurs sont muettes ?
        Je pense à cette dame que j'avais accompagnée en soins palliatifs. Rongée de l'intérieur par un cancer des os, elle était recroquevillée sur son lit, en position fœtale. Même la morphine ne venait pas à bout de ses douleurs physiques. La souffrance était tellement vive qu'aucun mot ne sortait de sa bouche.

Tant de souffrances diverses

Nous le savons bien, il existe de nombreuses souffrances qui ne sont pas obligatoirement physiques. Souffrance d'abandon, souffrance d'amour, souffrance de celui ou celle qui a perdu sa compagne ou son compagnon, souffrance de la maman qui accueille un enfant mort-né, souffrance du vieillard qui ne supporte plus l'idée de finir ses jours en maison de retraite, souffrance du chômeur qui se sent en marge de la société, souffrance du malade mental qui ne sait plus comment s'en sortir.

La souffrance a de nombreux visages.

Elle frappe sans cause et sans raison, les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, les vieux et les jeunes, et même les bébés. Chaque année, en France, 30 à 40 000 enfants naissent avec un handicap, une maladie génétique ou une malformation congénitale. (2)

Premier constat : beaucoup de souffrances physiques ou morales sont injustes, incompréhensibles, même si certaines, comme celle des enfants malnutris, sont liées à notre égoïsme et à notre méchanceté.
        Face à ces souffrances-là, on ne peut que s'exclamer : "Pourquoi ? Pourquoi mon enfant ? Pourquoi cette maladie dans la force de l'âge alors que j'ai femme et enfants à charge ? Pourquoi Dieu a-t-il permis cette épreuve ?"

Y a t il une explication à la souffrance ?

Nous avons la tentation de trouver une explication logique pour apporter une réponse, comprendre un présent par un passé, voire de donner une valeur éducative à la souffrance. C'est ainsi que les "amis" de Job, dans leur folle prétention, entreprennent de démontrer à cet homme écrasé par le malheur que tout ce qui lui arrive est "mérité", que Dieu est nécessairement juste dans tous ses jugements et rétribue l'homme selon ses œuvres.
        Le texte biblique nous dit que Dieu sanctionne ces "professeurs" de souffrance qui n'ont pas parlé de lui avec vérité et qu'il donne raison à Job qui, dans sa détresse, a eu l'humilité de se tourner vers lui en renonçant à tout comprendre et à tout expliquer. "Je reconnais que tout est possible pour toi", dit Job... "J'ai osé rendre tes plans obscurs à force de parler de ce que j'ignorais. Je l'avoue : j'ai parlé d'un sujet trop ardu. Je n'y comprenais rien et ne le savais pas !... Je ne savais de toi que ce qu'on m'avait dit, mais maintenant, c'est de mes yeux que je t'ai vu (3)"

Une promesse à celui qui souffre

La Bible ne donne ni explication ni justification à la souffrance, mais une promesse. Celle d'un Dieu proche dans la souffrance, qui se laisse interpeller, qui n'est pas sourd à nos appels. "Le Seigneur m'écoute quand je l'appelle au secours (4)", dit le psalmiste.
        "Dieu n'est pas venu pour supprimer la souffrance, affirme Paul Claudel, il n'est pas venu pour l'expliquer. Il est venu pour la remplir de sa présence".
        Le Dieu de Jésus-Christ nous propose quelque chose de complètement fou : une foi gratuite, de l'ordre d'une confiance absolue en son amour. Une foi qui renonce à expliquer le bien et le mal, le juste et l'injuste. Une foi qui s'abandonne, sans condition, jusqu'au bout, qui me pousse à croire que Dieu me tient dans sa main lorsque je traverse l'épreuve, qu'il m'aime, même si ce qui m'arrive me paraît incompréhensible.

J'ai été touchée par le témoignage de Daniel Ingrand, qui dans son livre (5) rend compte du combat qu'il a mené contre le cancer pendant quatre années. Voilà ce qu'il écrit deux ans après le début de sa maladie : "Mon combat pour la vie continue, avec de nouveaux traitements. Ce cancer, esprit de division et de mort est un corps extérieur qui attaque mon organisme.
         Le combat
contre lui me permet de m'abandonner chaque jour entre les mains du Seigneur, de ceux qui m'aident et m'aiment. Ce combat me place au centre d'un amour inconditionnel et illimité, que je dois découvrir chaque jour, dans une nouvelle intimité avec le Seigneur. Ce combat me permet de témoigner de ce que le Seigneur intervient encore aujourd'hui, au travers de l'épreuve, et de ce qu'il offre le meilleur à ceux qui lui abandonnent toute chose. J'atteste que, quelles que soient les circonstances ou les échéances, ce combat est à la gloire de Dieu. Oui le cancer a perdu sa bataille"

Ces paroles vous choquent peut-être car il ne nous est pas naturel de marcher sur ce chemin de la confiance en Dieu, renonçant à nos propres forces, mais enracinés dans la parole et la promesse de Dieu. Et pourtant c'est notre vocation à tous !

Probablement est-il alors nécessaire d'être accompagné par un ami ou une amie dans la foi, comme pour les disciples d'Emmaüs.

Je garde dans mon cœur le souvenir de cette amie chrétienne qui à la veille de sa mort me demandait de prier pour elle car elle même n'en avait plus la force.

Dieu nous lance un appel !

Etre proches les uns des autres, dans une communion de cœur et de pensée, c'est peut-être la seule chose qui soit vraiment essentielle à vivre dans le temps de la souffrance : Dieu nous donne les uns aux autres. Il nous confie les uns aux autres.
        Et comme l'apôtre Paul l'écrit dans sa première lettre aux Corinthiens : "Dieu est fidèle à ses promesses, et il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces, mais au moment où surviendra l'épreuve, il vous donnera la force de la supporter, et ainsi le moyen d'en sortir (6) ".

Agnès Desplanque

"Quand tu seras dans la détresse, appelle-moi, je te délivrerai, et tu célébreras ma gloire".
Psaume 50, verset 15.

1. Matthieu chapitre 27, verset 46
        2. Supplément du Point N° 1669 du 9/09/04
        3. Job chapitre 42, versets 2, 3-5
        4. Psaume chapitre 4, verset 4
        5. "Cancer où est ta victoire" Daniel Ingrand - Le journal d'une chimio - Réveil publication.
        6. 1 Corinthiens chapitre 10, versets 12-13
 

Traité : Vivre - Format 15x21 - Code 05/17
 

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