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Mitri Raheb
est pasteur luthérien, responsable de « Dar al-Nadwa », centre culturel de
rencontres internationales à Bethléhem. Jamais les rues de Bethléhem n'ont été comme ces mois-ci : les maisons
en ruines, les hôtels en cendres, les rues éventrées. Jamais les habitants
de Bethléhem n'ont été frappés par le malheur comme cette année : les
enfants traumatisés, les adultes désespérés – la situation est sans issue.
Bien des gens se demandent, en cette période de l'Avent, si le message de
Noël n'a pas perdu sa force. N'est-il pas un conte de fées ? Dans cette situation nous parvient la parole du prophète Esaïe, un
compatriote qui a vécu au 8'"' siècle, non loin de Bethléhem. A cette
époque-là la Terre Sainte était partagée, comme elle l'est aujourd'hui,
une terre de guerre, de troubles, un pays dévasté. A ce moment-là les
hommes et les femmes ne voyaient plus la lumière au bout du tunnel :
l'avenir était morne et gris. Pourtant, dans ce contexte, Esaïe devait
annoncer à ses compatriotes une bonne nouvelle : « Le peuple qui
marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui
habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi ». Il est bien
vrai, ce n'était ni une consolation facile, ni un voeu pieux. C 'était en 1987. Je venais de terminer mes études en Allemagne et rentrais au pays, rempli de la joyeuse attente de pouvoir fêter Noël à Bethléhem, après sept longues années d'absence. La veille de Noël avait toujours été un temps exceptionnel à Bethléhem. La ville devait se préparer pendant tout un mois pour cette fête. Les rues brillaient de mille lumières colorées, et partout dans les magasins invitaient les arbres de Noël. Toute la ville sortait et, à la veille de Noël, la population de Bethléhem et des environs formait une haie d'honneur pour recevoir le Patriarche accompagné d'éclaireurs, de cavaliers, de musiciens... En décembre 1987, les choses avaient changé; l'Intifada avait tout juste commencé. Les Palestiniens étaient nombreux à être incarcérés dans les prisons israéliennes ; beaucoup étaient blessés. Une nuit noire était tombée sur Bethléhem et une profonde tristesse s'était emparée de la ville. Ainsi la veille de Noël de l'année 1987 à Bethléhem était bien différente de celles qui avaient précédé : elle était triste et silencieuse, les rues dévastées et vides. Personne n'était venu à la fête ; les célébrations avaient été annulées. Pas de réception du Patriarche, pas de Saint Nicolas, pas d'arbre de Noël décoré, pas de lumières. Sur les murs de notre école luthérienne à Bethléhem, on pouvait lire
cette inscription : « Désolé, cher Christ, cette année nous ne pouvons
pas célébrer ta naissance. Nous ne pouvons pas illuminer les rues, ni te
faire la fête ! » Pour moi, cette phrase représentait un défi. Que
peut signifier la bonne nouvelle pour des gens qui sont habitués aux
mauvaises nouvelles, me suis-je demandé, et j'ai recommencé à étudier le
récit de Noël. A ce moment-là j'ai compris que l'éternelle lumière n'avait
pas jailli dans un salon bien chaud ni dans une sphère féerique, mais
qu'elle était née dans un monde bien réel et très concret, le nôtre. Dieu
devient un homme auquel on refuse le droit à la vie et qui doit craindre
pour sa vie. A peine a-t-il vu la lumière du jour qu'il devra quitter sa
patrie et se réfugier loin, à l'étranger. La Bonne Nouvelle : Dieu veut aller jusqu'au plus profond de l'histoire et de l'existence humaine. Il nous visite dans notre solitude. Il vient vers nous, prend sur lui nos fautes et nos faiblesses, se fait notre compagnon dans nos défaillances et notre découragement, il est à côté de nous dans nos maladies et dans la mort. Il vient dans nos villes dévastées, dans les ruines de nos maisons, il s'approche des enfants traumatisés. Il se fait proche et dresse sa tente au milieu de nous. Et voilà que jaillit la lumière, et nous ne sommes plus perdus dans les ténèbres. Le péché perd son pouvoir, la mort est vaincue. Tant de clarté autour de nous! C'est ce que nous voulons aussi célébrer en cette année, dans ce contexte si difficile. La célébration devient ainsi le signe d'une résistance créatrice. « La puissance des armes ne pourra que tuer et nous perdre ». Dieu nous donne, en Jésus Christ, la lumière et la vie : une vie si précieuse qu'elle ne doit être gaspillée en aucun cas ; une lumière qu'il ne s'agit pas de mettre sous le boisseau. Nous recevons la vie en plénitude pour que nous puissions, à notre tour, offrir la lumière - avec nos bougies allumées - à notre monde désespéré, donner un peu de chaleur et semer l'espérance. Car c'est cela Noël, vraiment ; la nuit s'éclaircit et la vie devient bénédiction. Mitri Raheb *Jochen Klepper, 1903 - 1942, écrivain et poète allemand , protestant, compositeur de cantiques. « Dieu veut habiter les ténèbres, et il les éclaire de sa lumière» Jochen Klepper « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi » Esaïe 9.2
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