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Il haussa les épaules avec impatience, car la précision de ces images le blessait, et sa mémoire se déplaça dans une autre décennie. Le vélo avait été échangé contre une motocyclette, et il commençait alors à rentrer moins souvent à la maison. Il avait une bonne place à l'époque, et des amis à foison. Maman et papa avaient l'air un peu tristes et ils commençaient à grisonner, en tout cas les bistrots étaient nettement plus amusants. A vrai dire, il ne tenait pas tellement à se rappeler ces années-là, pas plus qu'il ne se souvenait avec plaisir du jour où, ses dettes s'étant amoncelées, il était rentré à la maison dans l'intention de demander de l'argent. Sa mère lui avait préparé une tasse de thé et il n'avait pas aimé mentionner la raison de sa venue. Mais il savait exactement où son père gardait l'argent, et quand plus tard les parents sortirent dans le jardin, ce fut pour lui un jeu d'enfant de prendre ce qu'il voulait . C'était la dernière fois qu'il les avait vus. Après cela, il n'avait pas voulu revenir à la maison, et ils avaient perdu sa trace. Il était parti à l'étranger, et ils ignoraient tout de ces années d'errance, de la peine qu'il avait dû purger en prison. Mais la nuit, au fond de sa cellule, il avait beaucoup pensé à eux. Parfois, quand il se tournait et se retournait tout éveillé sur sa couche, et que la clarté de la lune progressait sur le mur, il avait tout loisir de se poser des questions. Une fois libre, il serait ravi de les revoir, s'ils étaient encore en vie, toujours en supposant qu'eux, ils aient encore envie de le revoir, lui... Quand son temps fut écoulé, il trouva un emploi en ville. Mais il ne put s'y fixer. Quelque chose semblait l'attirer à la maison, une impulsion à laquelle il ne pouvait se dérober. Sans arrêt, de petites choses : un parterre de pensées, un enfant sur une balançoire, un petit garçon rentrant de l'école en courant, lui rappelaient la petite maison de briques rouges. Il ne voulait pas débarquer sans un sou vaillant, aussi couvrit-il à pied ou en stop une bonne partie du trajet de retour. Il aurait pu arriver plus tôt à destination, mais après une trentaine de kilomètres, il fut soudain submergé de doutes : quel droit avait-il de rentrer ainsi ? Pourraient-ils jamais faire la relation entre l'homme hagard qu'il était devenu et le petit garçon qu'ils avaient aimé et qui les avait si cruellement déçus ? Il acheta de quoi manger et passa le plus clair de cette journée sous un arbre. La lettre qu'il posta ce soir-là était courte, certes mais il avait mis des heures à l'écrire. Elle se terminait par ces mots : "Je sais qu'il est déraisonnable de ma part de supposer que vous tenez encore à me revoir... Aussi est-ce à vous de décider. En tout cas je viendrai jusqu'à l'entrée de la ruelle, jeudi, tôt le matin : si vous voulez que je rentre, suspendez un mouchoir blanc à la fenêtre de mon ancienne chambre à coucher ; si je vois le mouchoir, je viendrai, sinon je dirai adieu à la vieille maison et je passerai mon chemin." Le jeudi matin étant arrivé, il se trouva au carrefour le plus proche. Mais maintenant, si près, il n'était plus du tout pressé. Il était assis à même le trottoir, les yeux rivés sur le pavé. Eh bien ! il ne pouvait pas repousser indéfiniment sa visite, après tout il n'était pas impossible qu'ils aient déménagé. Au cas où le mouchoir ne serait pas là, il ferait sa petite enquête avant de quitter définitivement la ville. Mais ils pouvaient très bien être là et simplement ne pas vouloir de lui. Il n'avait pas encore eu le courage de vraiment envisager cette éventualité, ni de s'imaginer ce qu'il ferait en pareil cas. Il se leva péniblement, car il était engourdi à force de dormir à la belle étoile et la rue était toujours dans l'obscurité. Grelottant quelque peu, il marcha en silence vers le vénérable platane d'où il savait qu'il pourrait voir la vieille maison. Un long moment, il se tint appuyé contre l'arbre, les yeux clos. Puis il respira un bon coup et lança un coup d'oeil. Alors il resta pétrifié, regardant encore et encore, sans se lasser. Déjà le soleil dardait ses rayons sur la petite maison de briques rouges, qu'on ne pouvait plus désigner ainsi car chaque mur était festonné de blanc : à chaque fenêtre pendaient des draps, des taies d'oreiller, et des serviettes de table, et des rideaux de mousseline blanche étaient étendus sur le toit, accrochés à la fenêtre en mansarde. La petite maison de briques rouges avait l'air d'un châlet emmitouflé de neige, qui rayonnait dans la clarté du matin. Ses parents n'avaient pas voulu courir le risque de laisser le mouchoir passer inaperçu. L'homme se redressa et laissa échapper un sanglot de soulagement. Puis il remonta la rue en courant et entra tout droit par la porte grande ouverte. (auteur inconnu) Le bonheur d'être aimé ! Un jour, Jésus raconta cette parabole : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il dit : Combien d'employés chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes employés. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit: Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez la plus belle robe, et revêtez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce serviteur lui dit: Ton frère est de retour, et ton père a tué le veau gras, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé. (Évangile de Luc, chapitre 15) C'est pour chacun de nous que Jésus a raconté cette parabole. "Auprès de lui je sais que je suis aimé, que je suis attendu les bras ouverts, qu'il ne me rejettera pas quel que soit mon passé. Il suffit que je lui avoue mes fautes. Sur la croix il a tout payé pour moi. Jésus m'aime. Une prière me sépare de lui". Tu peux aussi faire ce pas décisif. Tu connaîtras ainsi le bonheur d'être vraiment aimé. Et Jésus te donnera à toi aussi la vraie vie.
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