D'où vient ce monde?
Qui l'a créé?
Une vieille polémique
Depuis le siècle dernier une polémique oppose des scientifiques, notamment
des biologistes, des géologues à certaines églises et milieux chrétiens: le
monde que nous connaissons, la vie sur terre notamment, sont-ils le fruit d'une
évolution, « du hasard et de la nécessité », ou de l'acte créateur de Dieu? La
science a cru réfuter le premier chapitre de la Genèse en montrant que la terre
était plus ancienne que ne le laissait entendre la chronologie biblique prise à
la lettre, et que l'ordre de création (par exemple le soleil au 4e jour, alors
que jour et nuit existent déjà) qu'elle décrit ne peut correspondre à la réalité
scientifique. Des chrétiens ont voulu répondre en se situant à leur tour sur le
terrain scientifique, notamment en critiquant l'hypothèse évolutionniste, avec
plus ou moins de bonheur. Le débat a ressemblé à une guerre de tranchées: les
uns sûrs de l'infaillibilité de la Parole de Dieu prise et interprétée à la
lettre, les autres sûrs de l'infaillibilité de leur raison et de leur capacité à
tout expliquer. Mais le dialogue entre foi chrétienne et science peut partir sur
d'autres bases, et ce pour deux raisons.
Le sens du récit biblique de la Création
Les chrétiens de leur côté peuvent comprendre que le premier chapitre de la
Genèse n'a pas été rédigé comme un exposé scientifique. Ce texte extraordinaire
veut simplement nous inviter à considérer et contempler ce monde où nous vivons
comme l'œuvre bonne, très bonne même, de Dieu ! Un cadeau qu'il nous fait par
amour, dont nous n'avons ni à nous priver, nous et nos enfants, en le polluant
ou en le détruisant, que nous n'avons pas non plus à craindre ni à diviniser,
puisque même le soleil et la lune, adorés au temps de l'auteur comme des dieux,
ne sont que des luminaires placés dans le ciel pour nous éclairer (voir le
verset 16 et suivants). La création est achevée, parfaite comme l'est une
semaine de notre vie, couronnée par le repos. Aussi, que
cette semaine dure sept jours ou 4,5 milliards d'années importe peu. Si Dieu
crée, que lui importe le temps? C'est aux savants de dire le « comment » du
monde, le processus de la vie et de son apparition sur terre. Les scientifiques
participent d'ailleurs au mandat que Dieu confie à l'homme, qui est de donner un
nom à ce qui est créé (Genèse 2, verset 19) ; toute science n'est-elle pas un
langage bien fait ?
La Parole de Dieu a un autre rôle. Elle nous révèle, pour sa part, le «
pourquoi », le sens, si l'on préfère, auquel aucune science ne peut accéder. Car
le monde ne peut être à lui-même sa propre explication, on ne peut l'enfermer
dans un système clos de causes et d'effets. Ce que dit l'Ecriture et ce que dit
la science concernent toujours l'homme et le monde, mais se situent sur des
registres différents.
Quand l'homme se pose des questions
Pour dialoguer, il faut être deux... Or du côté du monde scientifique, ça
bouge aussi, et depuis longtemps ! C'est qu'un bouleversement, en notre
vingtième siècle, a affecté la notion même de connaissance: depuis 60 ans les
sciences dites « exactes », comme les sciences humaines, ont laissé de côté le
triomphalisme hérité du fameux siècle des Lumières et ont compris que connaître
le réel en soi est impossible, car nous voyons les choses à travers les lunettes
de nos hypothèses, de nos théories, voire des présupposés philosophiques. Bref,
nos « grilles de lecture » transforment le réel insaisissable en de multiples «
réalités » parfois complémentaires, souvent contradictoires, toujours partielles
et fragmentaires. Les savants ont admis qu'ils ne trouveront jamais la clef
ultime du réel, encore moins son sens. Désormais, est dit « scientifique » non
ce que l'on peut prouver mais ce que l'on peut falsifier,c'est-à-dire ce dont on
a les moyens de vérifier si c'est exact ou faux. Ainsi, la foi en un Créateur ne
relève pas du champ scientifique, puisqu'on ne peut vérifier par les moyens de
la connaissance humaine ou de l'expérimentation que Dieu existe ou n'existe pas.
La raison humaine ne peut avoir aucune main- mise sur Dieu, son projet, sa
grandeur; si c'était le cas, ce ne serait plus Dieu mais une idole, un « dieu»
imaginaire fabriqué par l'homme. Nous ne pourrons jamais prouver ou nier Dieu
par la science, mais la science, éclairée par la foi, peut nous aider à sonder
un peu plus de l'immense sagesse du Créateur. (d'où le fameux proverbe: un peu
de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène).
Un exemple: le big-bang
Le grand public est désormais familiarisé avec la théorie du big-bang, selon
laquelle l'univers est en expansion depuis un point zéro et un temps zéro, que
les équations mathématiques ne permettent que d'approcher. Quant à savoir si,
dans X milliards d'années, l'univers se contractera de nouveau sur lui-même ou
si les galaxies s'éloigneront indéfiniment les unes des autres, c'est un débat
pour spécialistes! Il n'empêche: l'hypothèse du big-bang semble bien, rendre
compte de plusieurs phénomènes observés dans le cosmos et on ne remet plus guère
en cause le fait que l'univers a une histoire. Il n'est ni éternel, ni
silencieux, ni infini. Les savants rejoignent l'intuition géniale des premiers
mots de la,Bible : « Au commencement...» ,Et certains s'interrogent: il y avait
autant de chances que l'univers soit tel qu'il est, que l'homme et son cerveau,
plus complexe que l'univers lui-même, sortent du big-bang, que pour un archer de
toucher une cible d'un cm2 située à 15 milliards d'années lumière! Ce que deux
physiciens du CERN (centre d'études de physique nucléaire près de Genève) dirent
à leur manière en apostrophant un historien protestant et un bibliste juif au
cours d'un colloque: « Au fond de l'accélérateur de particules " (le fameux
cyclotron du CERN), cela ruisselle d'intelligence. Vous autres là-bas dans le
coin, les curés (sic !), vous n'avez rien à dire là-dessus? » Un biologiste
aurait pu leur lancer la même question : la génétique nous apprend que les
mécanismes de la vie procèdent d'une information véhiculée par le fameux ADN, un
code d'une immense complexité. Qui dit code... dit codeur. Quelle est la
probabilité pour qu'un tel code se soit mis en place tout seul?
Peut-on remonter de la création jusqu'au Créateur ?
On pourrait multiplier les exemples mais les savants s'arrêtent là avec leurs
.questions. Au-delà, ce sont leurs présupposés, ou leurs convictions, qui
parleront. Comme nos deux physiciens du CERN, ils attendent qu'une parole leur
en dise plus. On ne peut en effet que constater que tous les scientifiques ne
sont pas croyants! C'est que même si « les cieux racontent la gloire de Dieu»
(cette parole du Psaume 19 est l'équivalent de la réflexion de ces savants du
CERN), la raison humaine seule ne peut arriver jusqu'à lui. Sans une Parole de
Dieu qui donne sens au monde, à l'homme et à sa vie, le réel reste pour lui muet
et sans signification, comme un champ clos de phénomènes qui ne lui font pas
signe. Il y a plus grave: même s'il connaît la vérité, l'homme la refuse, la
travestit (cf Romains 1,18). L'homme joue à cache-cache avec Dieu, et les
arguments scientifiques les plus «
avancés » peuvent lui servir de cachette. N'est-il pas mystérieux que parmi ceux
qui ont sondé et touché de près le miracle de la vie et de ses mécanismes,
certains (pas tous !), tels le biologiste français Jacques Monod, invoquent le
hasard avec un grand H comme seul moteur d'évolution? Quelle énigme que cet
endurcissement ! Pourtant, même au cœur de la pensée la plus opposée à la
foi, Dieu reste comme une question plus ou moins inavouée. Car la création
porte, indélébile, la marque du créateur.
La tâche du croyant face à la science
Qu'il soit lui-même scientifique ou pas, le chrétien n'a pas, à mon sens, à
essayer de prouver Dieu, surtout pas en essayant de situer sa présence ou son
action là où le discours de la science ne peut plus expliquer les phénomènes.
Car le jour où elle y parviendra, il faudra déménager Dieu de ce trou du savoir
qu'un savant aura comblé ! Les pensées de Dieu ne sont pas celles de l'homme;
cependant, le chrétien peut contribuer à éclairer la recherche de son prochain
en quête de Dieu, en étant témoin de sa Parole, révélée dans l'histoire d'Israël
et ultimement en Jésus-Christ, seul chemin susceptible de mener à lui. Et en
évitant à son interlocuteur de buter sur de faux problèmes, obstacles inutiles
sur le chemin de la foi, comme l'opposition création-évolution.
Christophe Desplanque Pasteur de l'Eglise Réformée de Caudry.
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